Roscoff hier

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Le site actuel de Roscoff et des alentours est occupé depuis des millénaires ; des pièces taillées du Paléolithique supérieur près de l’îlot Ti-Saozon, les anciens dolmens de Keravel, souterrain de l’âge du Fer à Creac’h ar vilin, des vestiges de l’époque gallo-romaine en témoignent.

À la fin du Moyen Âge, le territoire fournit des marins réputés, « rouliers des mers occidentales », mais Roscoff n’ayant aucune autonomie, ils se déclarent de Saint-Pol aux agents fiscaux et aux notaires des ports fréquentés.

Les documents du XVIe siècle commencent à préciser l’origine roscovite des navires ou des capitaines qui sont désormais propriétaires de leurs navires et font du commerce pour leur propre compte. L’activité maritime est très importante. Roscoff reçoit de la graine de lin des pays baltes mais aussi du brai, cuivre, fer, bois du nord. Le chenal de l’île de Batz sert de relâche pour des navires qui relient les ports des Pays-Bas, les ports français et les ports de la péninsule ibérique.

Les « honorables marchands » sont à l’origine de la construction de l’église à partir de 1500 au terroir de Croas-Batz, qui ne relève pas du fief de l’évêque, comte de Léon, mais de la riche abbaye de Saint-Melaine de Rennes.

Les premiers travaux de la chaussée (le vieux quai) débutent mais les seuls renseignements que nous possédons proviennent d’un compte paroissial que rend Jean Bernard en 1566. En 1598, des lettres patentes d’Henri IV autorisent la perception d’un droit d’ancrage de 1 sol sur tout vaisseau, tant roscovite qu’étranger, qui ancrerait soit au quai, encore embryonnaire, soit dans les chenaux de « l’isle de Bas et l’isle des Anglais » (Ti Saozon).

Le début du 17e siècle marque l’apogée du port de Roscoff. De riches marchands se font construire de belles maisons de pierre, y compris en bord de mer, ouvrant sur la rue et dont les greniers sont ornés de belles lucarnes ouvragées. Plusieurs portent des dates de 1603 à 1607. En temps de guerre, des navires marchands sont armés à la course. De hauts murs participent au système défensif de la ville, protégé par le fort Bloscon à l’est et le fort Lacroix près de l’église à l’ouest.

En raison de la décadence de l’industrie toilière, les Morlaisiens abandonnent le commerce de la graine de lin à trois négociants roscovites qui s’enrichissent. A partir de 1765, l’île de Man et les îles anglo-normandes perdent leur statut privilégié. Des trafiquants britanniques s’installent à Roscoff qui devient port de contrebande reconnu par le roi. Les négociants de ce commerce interlope sont parmi les plus imposés avant la Révolution.

En 1789, un décret de l’Assemblée nationale ordonne l’élection de nouvelles municipalités. Au lieu de se rendre à Saint-Pol, les électeurs de Roscoff se réunissent le 31 janvier 1790, à l’église. Gérard Mège est proclamé maire.

Le commerce de contrebande, qui s’était ralenti après le traité franco-anglais de 1786 reprend temporairement pendant le Blocus continental, mais c’est le commerce des légumes, notamment choux-fleurs et oignons qui donne un nouveau souffle à Roscoff. L’établissement d’une ligne de bateaux à vapeur de Morlaix au Havre en 1840, la ligne de chemin de fer jusqu’à Brest en 1865 puis le tronçon Morlaix-Roscoff inauguré en 1883, ouvrent de nouveaux débouchés.

Dès la levée du Blocus continental en 1815, les marchands « Johnnies » qui ont commencé à traverser La Manche. Surnommés Onion Johnnies (« les gars aux oignons ») par leurs clients britanniques, les marchands d’oignons de Roscoff sont connus en breton sous le nom de Johnniged an ougnoun. En français, ils sont tout simplement « les Johnnies ».

L’émigration saisonnière des Johnnies a démarré vers 1815. D’abord à pied, puis à vélo, les Johnnies sillonnent les rues anglaises, galloises et écossaises pour vendre leurs tresses d’oignons au porte-à-porte. En l930, ils sont plus de 1500 à exercer ce métier. La dévaluation de la livre et les bouleversements sociétaux de l’après-guerre ont entraîné un déclin de la profession. En ce début de XXIe siècle, une vingtaine de Johnnies maintiennent et renouvellent fièrement la tradition séculaire.

Roscoff devient une station touristique à la mode. Des hôtels et villas de style balnéaire sont construits.

En 1920, par la création de la commune nouvelle de Santec, Roscoff est amputé de sa section Santec à l’ouest, de Perharidy à l’île de Sieck.

A la fois port et station balnéaire, Roscoff dispose d’atouts en termes de patrimoine naturel, culturel et maritime.


Sources :

Inventaire topographique réalisée en 1985 par Catherine Toscer et Christel Douarddu service de l’inventaire du patrimoine : manoir de Kerestat, 9 rue Amiral Réveillère, 25 rue Amiral Réveillère, 2 rue Armand Rousseau .

Fortifications du littoral nord de Bretagne, réalisé par Guillaume Lecuilleren 2002. Recensement des ouvrages du Mur de l’Atlantique à Roscoff par Olivier Doher, l’association Gerfaut, avec plans des bunkers par Christian Moignez.

2010 Etude Barton et Vilmore. Schéma d’aménagement urbain

2019 : Roscoff, étude patrimoniale de la ville et de son territoire, par deux architectes de l’école de Chaillot (Nicolas Clairand, qui a fini major en 2020, et Dimitri Dupuis). 123 pages avec cartes et dessins aquarellés.

2021 : Les maisons marchandes de Roscoff, étude d’un patrimoine portuaire hérité du XVIe siècle, par Sarah Meder, Mémoire de 137 pages, école d’architecture de Paris.